
Louis Blériot (1872-1932), ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale, équipementier automobile fortuné, aéronaute et membre de l'Aéro-Club de France, fit une première tentative avec les plus lourds que l'air en imaginant un appareil à ailes battantes en 1901. Après cet échec, il fut convaincu de reprendre ses recherches par le capitaine Ferdinand Ferber, le plus actif prosélyte de l'aviation en France.
En 1905 et 1906, associé avec Gabriel Voisin, il essaya les Blériot biplans type I à IV, sans résultat et se sépara de Voisin qui était aussi obstiné que lui, mais sans avoir ses connaissances techniques. A partir de 1906 Blériot essaya une série de monoplans (types V à VII) avec lesquels il parvint enfin à quitter le sol, mais totalisa aussi beaucoup de chutes. Le type VIII ressemblait beaucoup à un avion moderne et c'est avec lui que Blériot réussit ses premiers voyages aériens sans, toutefois, faire mieux que ses concurrents Henri Farman et, surtout, Wilbur Wright. En juin 1908, il lança successivement la fabrication de quatre machines : le IX, un grand monoplan à moteur Antoinette de 50 ch ; le X, gros biplan copié sur le Wright Flyer mais aménagé avec quatre sièges et le même moteur Antoinette (il ne vola jamais) ; le XI, un petit monoplan à moteur REP de 25 ch ; le XII, grand monoplan à voilure haute et moteur ENV de 35 ch.
Le Blériot XI fut construit avec la collaboration bénévole de Raymond Saulnier, jeune ingénieur également centralien. Il vola dès son premier essai à Issy les Moulineaux, au sud de Paris, le 18 janvier 1909. Mais Blériot, ayant trop de problèmes avec le moteur REP, lui préféra le type XII parce que sa capacité d'emport était considérable pour l'époque (il vola avec deux passagers). Le type XII fit son premier vol le 25 mai 1909 ; peu auparavant, Louis Blériot avait adopté pour son type XI un moteur dont il avait acheté l'exclusivité : le 30 ch à trois cylindres refroidis par air, construit par un Italien immigré en France, Alessandro Anzani.
Le dimanche 25 juillet 1909, au lever du soleil, Louis Blériot s'envola de Calais et se posa à Douvres 30 minutes plus tard avec son Blériot XI motorisé désormais avec l'Anzani. Il remporta ainsi le prix du grand quotidien britannique Daily Mail, destiné à récompenser la première traversée de la Manche en aéroplane. Blériot aurait voulu concourir avec son type XII, mais celui-ci était indisponible, après avoir subi une avarie de moteur qui avait blessé Blériot à un pied. Le retentissement de cette traversée fut colossal. Louis Blériot qui s'était alors quasiment ruiné dans ses expériences d'aviation, connut instantanément une gloire mondiale. Le Blériot XI fut dès lors acheté en grand nombre, puis décliné, jusqu'en 1914 en de nombreuses versions. Et si, jusqu'en 1914, Louis Blériot conçut et fit construire plus de 45 prototypes, seul le XI lui apporta gloire et fortune. On peut estimer qu'avec au moins 500 exemplaires produits (et copiés) en France et à l'étranger, le Blériot XI fut l'un des plus grands succès d'avant la Première Guerre mondiale.
Le fuselage du Blériot XI est une poutre en treillis de frêne (bois lourd mais très robuste), raidie par de la corde à piano. Longerons, montants et traverses sont tenus par des mortaises et des agrafes boulonnées. L'élément le plus remarquable est l'atterrisseur, extrêmement robuste et destiné à encaisser tout le choc d'un atterrissage brutal, sans arrondi.
Les deux ailes, à profil très mince et creux, possèdent deux longerons. Le contrôle en roulis est obtenu par gauchissement des extrémités.
Selon une théorie en vogue à l'époque, toutes les masses (moteur, réservoirs, pilote) sont réunies à l'avant et l'empennage était porteur. Le Blériot XI n'est donc stable que dans une plage de vitesses très étroite, mais, à l'époque, les aéroplanes ne volaient qu'à vitesse constante.
Il faut enfin s'intéresser aux commandes mises au point par Blériot avec un levier unique pour le tangage et le roulis, un palonnier pour le lacet, et des manettes pour le contrôle du moteur. Si les tribunaux ont accordé à Robert Esnault Pelterie l'invention du "manche à balais", il faut bien constater que l'invention des commandes de vol aujourd'hui en usage revient à Louis Blériot.
De nombreux musées du monde entier exposent des Blériot XI et des associations en font encore voler notamment en Grande Bretagne (Shuttelworth à Biggleswade) et en France (Amicale Jean-Baptiste Salis et Memorial Flight à la Ferté-Alais ; le MAPICA à La Baule-Escoublac). Celui qui traversa la Manche est préservé à Paris, par Conservatoire National des Arts et Métiers depuis 1909.
Variantes principales :
De très nombreux monoplans Blériot possèdent la même architecture que le type XI, ainsi que le même atterrisseur. Ils ne peuvent pour autant être considérés comme des versions ou variantes du Blériot XI. Enfin, chaque version de Blériot XI fut déclinée chaque année en différents modèles comportant quelques améliorations dont la plus notable fut le renforcement de la voilure. Il exista aussi d'assez nombreux modèles modifiés spécialement pour leur propriétaire.
Blériot XI type Traversée de la Manche
| Equipage | monoplace |
| Années de production | 1909-1914 |
| Longueur | 7,20 m |
| Hauteur | |
| Envergure | 8 m |
| Surface alaire | 12 m² |
| Poids au décollage | 620 kg |
| Moteur | Anzani. Trois cylindres de 4 l de cylindrée et 30 ch, refroidi par air. |
| Puissance | 23 PS |
| Autonomie en vol | |
| Vitesse maximale | 80 km/h |
| Nombre d'exemplaires construits | 500 |