
Le quadrimoteur S.E.2010 "Armagnac" naquit au début des années 40 chez Sud-Est dans le cadre d'un projet appelé S.E. 2000 dont l'objectif était de construire un avion commercial long courrier d'une grande capacité de passagers, destiné en particulier aux lignes transatlantiques.
" L'Armagnac" fut l'un des deux avions civils commerciaux construits après la deuxième guerre mondiale étant équipé d'un moteur à piston et grâce auquel la France comptait entrer sur la scène internationale. Le S.E. 2010 ne fut, contrairement au S.E.161 "Languedoc", commandé par Air France qu'en petit nombre, car la compagnie préférait utiliser des appareils américains ayant déjà fait leurs preuves. En outre, il s'avéra bientôt qu'il n'était pas rentable. On avait choisi à l'époque de construire cet avion avec un diamètre de fuselage très large, à savoir 4,7 m, pour transporter les passagers dans des couchettes durant la nuit, en particulier sur les lignes transatlantiques.
Mais lors de la réalisation de " l'Armagnac", cette option était déjà obsolète. Par ailleurs, le fuselage d'une grande largeur avait un effet négatif sur l'autonomie de l'appareil, qui n'était plus que de 5000 km, au lieu des 6500 km prévus. Cet avion était donc sans intérêt pour les vols non-stop au-dessus de l'Atlantique. Avec 64 passagers de jour pour des longues distances ou, en réduisant l'espace entre les sièges de manière significative, avec 160 places pour les vols intérieurs, le S.E.2010 ne put jamais être utilisé de façon rentable. La production de série avait déjà commencé, mais Air France l'arrêta donc après la construction de 8 appareils. Initialement, la commande portait sur 15 exemplaires.
Avec une envergure de près de 50 m et une masse au décollage de plus de 77 tonnes, " l'Armagnac" était, à l'époque de son premier vol, le 2 avril 1949, l'un des avions civils les plus grands du monde. Le premier appareil de série ne fut cependant terminé qu'en avril 1952. Après une analyse détaillée des résultats de test, Air France refusa de prendre ne serait-ce qu'un seul des appareils commandés.
Le modèle fut néanmoins utilisé à partir de la fin 1952 par la compagnie aérienne française TAI (Transports Aériens Intercontinentaux, appelée plus tard UTA). Mais après huit mois de service, l'appareil fut retiré du service, car il n'était pas rentable. A partir de décembre 1953, la SAGETA (Société Auxiliaire de Gérance et d'Exploitation de Transports Aériens) utilisa sept "Armagnac" pour le transport de passagers, pour les vols postaux et de ravitaillement à destination de l'Indochine, où la guerre coloniale battait son plein. Ici, l'appareil d'un poids utile de 20 000 kg s'avéra fiable et solide. Il fut exploité jusqu'en août 1954. En 1955 enfin, ces géants, qui n'étaient pratiquement plus utilisés, furent mis à la ferraille.
Bien que " l'Armagnac" eut très peu de succès pour le service de lignes, il fut tout de même considéré comme un objet de prestige pour l'industrie aéronautique française de l'époque. Ses caractéristiques de vol furent considérées comme excellentes. Il fut conçu comme avion à aile demi surélevée en porte à faux, entièrement métallique. Il fut équipé de quatre moteurs de 3500 CV, Pratt & Whitney R-4360-B13 Wasp Major qui entraînaient des hélices à 4 pâles d'un diamètre de 4,65 m. Le fuselage était de coupe parfaitement circulaire, d'un diamètre de 4,7 m.
L'Armagnac possédait une cabine pressurisée et un train avant sur roue relevable de façon hydraulique, avec des ensembles principaux à doubles roues. Les roues du train d'atterrissage principal avaient un diamètre de 1,6 m. Au milieu du fuselage se trouvait un bar et une cuisine de bord, séparant ainsi la cabine en deux. Selon la distance à parcourir, la cabine des passagers pouvait recevoir entre 78 et 160 sièges. La soute pouvait contenir jusqu'à 48 m3 de marchandises et de bagages. Les huit réservoirs cellulaires logés dans les ailes porteuses pouvaient contenir 29 000 l de carburant (d'autres sources parlent de 31 400 l) ; pour l'huile, quatre autres réservoirs étaient prévus, avec une capacité totale de 1400 l. L'Armagnac coûtait en 1950 environ 1 million de US-$.
La seule variante du S.E.2010 fut le transporteur d'essai S.O.2060.
Sud-Est S.E.2010 Armagnac
| Type | avion commercial long courrier |
| Constructeur | SNCASE (Société Nationale de Constructions Aéronautiques de Sud-Est), Toulouse |
| moteurs | quatre moteurs à refroidissement à air, 28 cylindres en étoile : Pratt & Whitney R-4360-B13 Wasp Major de 3500 CV (2574,25 kW) chacun |
| Année de construction | 1950 |
Performance
| Vitesse maximale |
525 km/h, à 4500 m d'altitude: 495 km/h |
| Vitesse de croisière | 460 km/h |
| Consommation de carburant en vol de croisière | 2100 l/h |
| Vitesse d'atterrissage | 120 km/h |
| Plafond opérationnel | 6800 m |
| Autonomie | 5 150km |
| Longueur de roulement au décollage | 1400 m |
Poids
| Masse à vide | 37 813 kg (d'autres sources indiquent jusqu'à 45 700 kg) |
| Masse au décollage | 77 500 kg |
Dimensions
| Envergure | 48,95 m |
| Longueur | 39,63 m |
| Hauteur | 13,50 m |
| Surface alaire | 235,60 m2 |
| Equipage | 7-9 membres d'équipage, dont 3-4 en service cabine |
| Capacité en passagers | de 78 (Standard) à 160 passagers |
| Poids utile | en plus 48 m3 pour la marchandise et les bagages |
| Nombre d'exemplaires construits | 8 plus 1 prototype |