
Ce tout petit aéroplane eut une très grande destinée et marqua un tournant important de la construction aéronautique en 1910. Il fut conçu par un ingénieur autodidacte et grand sportif, Edouard de Niéport (1875-1911) qui se faisait appeler Nieuport.
Edouard Nieuport aimait la vitesse et considéra même pendant quelques années que l'aéroplane ne servirait qu'à faire des courses de vitesse ! Ancien coureur cycliste, il était parfaitement conscient que, pour diminuer l'effort ou aller plus vite, il fallait opposer à l'avancement la plus petite surface possible. C'est ainsi qu'il dessina avec beaucoup d'intelligence un petit monoplan avec un fuselage entièrement entoilé, du nez à la queue, à l'intérieur duquel le pilote était entièrement contenu. Seule la tête dépassait, l'ouverture de l'habitacle étant fermée par dessus les épaules du pilote, au moyen de bandes de toiles.
Nieuport motorisa cette petite machine avec un bicylindre Darracq de 28 ch, avant de construire lui-même un moteur semblable de même puissance. Ainsi naquit le Nieuport II N (II pour deuxième aéroplane conçut par Nieuport, N pour moteur Nieuport) qui se fit sans tarder remarquer par sa vitesse, si bien qu'Edouard Nieuport fut alors surnommé "le roi de l'aérodynamique". Une variante à moteur Gnome de 50 ch (Nieuport II G) fut construite presque la même année qui, au début de mars 1911, fit sensation : le 5 mars, Nieuport et son IIG établirent un record de vitesse à plus de 137 km/h de moyenne sur 150 km, atteignant 145 km/h en pointe ; le 9, avec le II N, Nieuport frôla 110 km/h de moyenne, avec une pointe à 130. Pour comprendre l'immense progrès qui fut alors réalisé, il faut se souvenir que l'aéroplane le plus rapide était alors le monoplan conçu par Blériot pour la coupe Gordon Bennett, qui, en avril précédent avait parcourut 100 km à 122 km/h de moyenne avec un moteur de 100 ch ! Avec quatre fois moins de puissance, le Nieuport profilé allait presque aussi vite ; avec deux fois moins de puissance, et était sensiblement plus rapide.
Les monoplans Nieuport furent déclinés en hydravions à flotteurs monoplaces et biplaces, et en versions militaires bi ou triplaces, les Nieuport IV M et Nieuport X, principalement, qui aussi furent beaucoup construits sous licence en Russie. En 1913 apparut un monoplace plus court que le IV M, plus fin et plus léger, le type XI. La même année, en Italie, Macchi construisit un lot de Nieuport monoplans à "aile parasol", c'est-à-dire avec la voilure placée au-dessus du fuselage pour mieux voir le sol, conformément à une demande des militaires. En 1914, Gustave Delage qui dirigeait la société Nieuport depuis l'année précédente, conçut une variante à "aile parasol" du type XI, en lui ajoutant, de chaque côté du fuselage, de petites ailes susceptibles de servir d'aérofrein à l'atterrissage, là aussi pour se conformer aux désirs des militaires qui voulaient raccourcir les distances d'atterrissage.
C'est cette machine qui, les petites ailes étant devenues fixes, motorisée avec un "rototo" (moteur rotatif Le Rhône) de 80 ch, donna le Nieuport 10 d'observation, lequel, transformé en monoplace et armée d'une mitrailleuse posée sur l'aile, devint en 1915, le Nieuport 11, redoutable avion de chasse. Sa surface alaire le fit désigner "Nieuport 13 mètres", mais sa petite taille lui valut son surnom plus connu de "Bébé Nieuport". Le "Bébé" permit enfin aux Français de rivaliser avec le terrible Fokker E allemand, et joua un rôle capital en empêchant les avions de réglage d'artillerie allemands d'opérer, lors de la bataille de Verdun, en 1916.
A cette occasion, un pilote français talentueux, Jean Navarre, peignit son avion en rouge vif pour se signaler à ses adversaires et les effrayer, tant la réputation du "Bébé" s'était étendue au-delà des tranchées allemandes. Sans le savoir, Navarre donna naissance à une tradition vite adoptée par les pilotes de chasse allemands. Fin 1916, le "Bébé" était à son tour surclassé par la nouvelle génération des avions de chasse allemands.
Nieuport IIN
| Moteur : | Nieuport bicylindre de 4.3 l de cylindrée, de 28 à 32 ch |
| Années de production : | 1910-1914 |
Puissance
| Vitesse maximale | 130 km/h |
Poids
| Poids au décollage | 380 kg |
Dimensions
| Envergure | 9,3 m |
| Surface des ailes | 16 m² |
| Longueur | 7 m |
| Equipage | monoplace |
| Nombre d'exemplaires construits : | Au moins 300 monoplans Nieuport ont été construits |
Bébé Nieuport
| Moteur : | Le Rhône 9 E, rotatif à 9 cylindres de 10 l de cylindrée et 80 ch à 1300 t/m. |
| Années de production : | 1915-1916 |
Puissance
| Vitesse maximale : | 155 km/h |
Masse
| Poids au décollage : | 480 kg |
Dimensions :
| Envergure : | |
|
Longueur : | 5,8 m |
|
Surface alaire : | 13 m² |
| Equipage : |
monoplace |
| Nombre d'exemplaires construits : | 7200 |