
Aux grands pionniers de la construction aéronautique métallique (Zeppelin, Junkers, Dornier, Rohrbach), il faut ajouter celui du Français Emile Dewoitine. Ce dernier avait 27 ans lorsque, étant ingénieur chez Latécoère, il établit, autour d'un moteur Hispano-Suiza 42 de 300 ch, le projet audacieux d'un avion de chasse presque entièrement métallique, monoplace, monoplan à voilure parasol entoilée. Pour présenter ce projet de Dewoitine D.1 C1 à un concours qui venait d'être ouvert, Emile Dewoitine se mit à son compte et fonda la société de Constructions Aéronautiques Emile Dewoitine, CAED. En 1921, l'Etat lui commanda un prototype qui fit son premier vol le 18 novembre 1922.
Le petit avion avait été construit selon une méthode quasiment révolutionnaire. Son fuselage de section ovoïde, était monocoque, construit avec de la tôle de duralumin lisse, rivetée à une structure de cadres et de lisses. Emile Dewoitine avait mis en pratique ce qu'Adolph Rohrbach appela quelques mois plus tard "revêtement travaillant", bien avant que Herbert Wagner rédige la théorie du revêtement lisse ou que l'Américain Jack Northrop ne l'introduise à son tour aux Etats-Unis.
D'emblée le D.1 suscita l'enthousiasme de ses pilotes d'essais militaires, bien que de nombreuses modifications fussent encore nécessaires ; de fait, l'avion connut un grand nombre de versions et variantes. L'une d'elle, le D.8, un D.1 allégé, construit en un seul exemplaire, s'octroya en décembre 1924 un triple record du monde de vitesse sur 100, 200 et 500 km, puis un quatrième sur 1000 km six jours plus tard, sa vitesse moyenne étant établie, selon la distance, entre plus de 231 km/h et presque 222 km/h.
Toutefois, la production du D.1 et de ses dérivés rencontra de grandes difficultés principalement dues au fait que la CAED fut contrainte de sous-traiter la plus grande partie de la production sans en retirer les bénéfices prévus. Cette situation devait mener la société à la faillite et à l'expatriation d'Emile Dewoitine et de quelques uns de ses ingénieurs en Suisse, pendant quelques mois, avant la création d'une nouvelle société en France où, pour des raisons inconnues, les militaires écartèrent le D.1 ou ses dérivés, au profit de concurrents qui lui étaient notoirement inférieurs. Les premiers avions de chasse d'Emile Dewoitine eurent donc du succès surtout à l'étranger.
64 D.1 furent achetés par l'Aéronautique navale et par les Forces aériennes terrestres françaises, 270 environ furent exploités et construits en Italie par Ansaldo. Le Japon en acquit un exemplaire qui inspira toute la jeune industrie aéronautique locale. Les autres pays utilisateurs furent l'Argentine (59), la Tchécoslovaquie (31), la Serbie (44), la Belgique (2), et la Suisse.
C'est en Suisse que la deuxième génération du chasseur fut mise au point et produite. Dérivée de l'unique D.12 de 450 ch, elle comprit surtout les D.27, chasseurs monoplaces de 500 ch et D.26, version d'entraînement du précédent, gréé avec seulement 250 ch. Le prototype du D.27 fit son premier vol le 3 juin 1928 à Dübendorf. La production prit fin en 1933, et l'avion demeura en service dans les Troupes d'aviation jusqu'en... 1944, époque à laquelle il servait à l'instruction des pilotes. Le D.27 n° 6, battit le record du monde de vitesse sur 1000 km à plus de 286 km/h de moyenne, le 30 novembre 1930, piloté par Marcel Doret.
Ancien pilote d'essais de Dewoitine et devenu pilote de démonstration, Marcel Doret utilisa jusqu'au début des années 1950, un D.53, version française renforcée du D.27suisse. Cet avion célèbre est aujourd'hui exposé par le Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget. Le musée des Transports et Communications de Lucerne expose aussi un D.27. Deux D.26 volent toujours, entretenus par des propriétaires privés en Suisse et en France (Amicale Jean-Baptiste Salis).
Une ultime variante des chasseurs Dewoitine à voilure parasol, le D.37, écartée en 1930 par Emile Dewoitine qui la jugeait désuète, fut développée contre son gré par son principal partenaire, la société Lioré et Olivier. Plus gros, plus puissants (860 ch), mais fragiles et peu performants, le D.37 et ses dérivés étaient périmés lorsqu'ils entrèrent en service en 1935.
Variantes principales :
Dewoitine D.1
| Type | |
| Moteur | un moteur vertical à cylindres en ligne Hispano-Suiza 8Fb d'une puissance de 300 CV (221 kW) |
| Année de construction | 1921 |
| Années de production : | 1921-1926 |
Performance
| Vitesse maximale | 250 km/h |
| Vitesse ascensionnelle maximale | |
| Plafond pratique | 8 300 m |
| Autonomie |
Poids
| Masse à vide | |
| Masse max. au décollage | 1 240 kg |
Dimensions
| Envergure | 11,50 m |
| Longueur | 7,50 m |
| Hauteur | |
| Surface alaire | 20 m² |
| Equipage | |
| Armement | deux mitrailleuses légères |
Dewoitine D.27
| Type | |
| Moteur | un moteur vertical à cylindres en ligne Hispano Suiza 12 Mb d'une puissance de 500 chevaux |
| Année de construction | 1929 |
| Années de production : | 1929-1933 |
Performance
| Vitesse maximale | 298 km/h |
|
Plafond pratique : |
8300 m |
| Durée de vol |
Poids
| Masse à vide | |
| Masse max. au décollage | 1 415 kg |
Dimensions
| Envergure | 10,30 m |
| Longueur | 8,86 m |
| Hauteur | |
| Surface alaire | 17,55 m² |
| Équipage | |
| Armement : | deux mitrailleuses légères |
Nombre total des chasseurs Dewoitine à voilure parasol construits : environ 700, toutes versions confondues.